Arnaud Ouvrier

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Mon extrémisme antinumérique (ou comment je navigue dans l'espace physique)

Par Arnaud Ouvrier, publié le 18/10/2026

Depuis quelques années maintenant, j'essaie de réduire drastiquement l'empreinte du numérique sur mon quotidien. Certains pourraient me qualifier d'extrémiste, tant j'ai réduit ma dépendance aux outils numériques, qui pourraient être qualifiés d'indispensables pour beaucoup.

De mon point de vue, je ne pense pas en être un. J'essaie simplement d'être le moins dépendant possible d'outils qui peuvent aussi avoir un impact négatif sur ma vie.

Prenons pour exemple les applications de navigation GPS : j'essaie au maximum de ne plus en utiliser. D'abord parce que je n'ai pas envie que Google (et consorts) me suive à la trace en utilisant Maps ou Waze, mais aussi pour ne plus devoir dépendre d'une application pour tous mes déplacements. Pour ce faire, j'essaie de n'utiliser que des applications basées sur OpenStreetMap telles qu'Organic Maps ou OsmAnd (qui sont disponibles aussi sur F-Droid pour ne pas passer par le Google Play Store). En plus, elles fonctionnent hors ligne, ce qui peut être pratique dans certaines situations.

Organic Maps, application centrée sur la navigation GPS.

OsmAnd, application de cartographie plus complète avec des fonctions de navigation GPS, d'enregistrement de traces, de topographie...

F-Droid, système de distribution d'applications (app store) centré sur les applications open source et le respect de la vie privée.

J'utilise donc quand même des applications de navigation GPS installées sur mon smartphone. Par contre, là où l'on pourrait me qualifier d'extrémiste, c'est que j'essaie de les utiliser au minimum. Ça me permet aussi de pouvoir désactiver la localisation de mon smartphone la plupart du temps.

Je préfère à la place, utiliser des cartes à l'"ancienne". Et pour les road trips en 4L, j'utilise des cartes papier. J'en ai suffisamment pour me rendre partout en Europe. Les voyages en 4L étant de toute façon plus lents qu'avec des véhicules plus modernes, les versions analogiques des cartes se prêtent bien à l'expérience.

Pour ce qui est des trajets du quotidien, à pied ou en voiture, j'essaie aussi au maximum d'utiliser des cartes. Pour ça, je n'utilise pas de cartes papier qui sont, soyons réalistes, moins pratiques que les cartes numériques. À la place, j’utilise les applications précitées. Seulement, je regarde avant de partir quel chemin je dois emprunter et n'utilise pas la navigation en temps réel.

Je m’étais malheureusement rendu compte, en utilisant Google Maps et Waze intensivement pendant les quelques années où j'étais en région parisienne, que le gain de temps était minime et que j'étais devenu dépendant d'elles pour des trajets plutôt simples, tels que simplement rentrer chez moi.

Éviter d’avoir une application GPS qui me guide constamment m’a permis d’augmenter grandement ma mémoire spatiale. J’arrive maintenant facilement à me repérer autour de chez moi et dans un rayon de plus en plus large. Je pense aussi être capable de me rendre chez n'importe lequel de mes amis, depuis presque n'importe où, sans avoir à regarder une carte avant de partir. C'est un petit exploit, mais avant, c'était compliqué sans utiliser de GPS, même si c'était seulement pour me rassurer sur le chemin à prendre.

Après, ce n'est pas infaillible. Ma copine peut en témoigner. Avoir accès à un GPS, c'est quand même pratique quand on est perdu. Mon prochain objectif est d'utiliser uniquement le GPS non connecté de la voiture. Même s'il est parfois moins à jour (quelques mois entre les sorties de nouvelles cartes et la réalité), je ne suis pas dépendant de mon smartphone pour l'utiliser.

En soi, je ne suis pas contre les nouvelles technologies. Ce qui me freine dans l'utilisation de ces applications, c'est qu'elles ont souvent tendance à se soustraire à notre propre réflexion. Il est plus facile de demander sa route à une application que de réfléchir au chemin à emprunter quand on n'a pas l'habitude de se repérer sans elle. C'est à peu près valable dans tous les domaines où une application existe pour simplifier un processus de réflexion.

J'ai pris l'exemple de l'application GPS, mais j'aurais aussi pu prendre celui de l'application de streaming de musique. Dans ce cas, je n'en utilise plus. Je préfère consommer ma musique en l'achetant au format physique ou numérique, en privilégiant des canaux qui rémunèrent mieux les artistes. Pour ce qui est de la découverte de nouveaux artistes, je passe par des webradios. Et pour les podcasts, j'en écoute peu et je souscris directement à leurs flux RSS au lieu de dépendre d'une plateforme tierce. C'est plus compliqué que de faire confiance à un algorithme, mais on est plus connecté à nos choix de contenus.

Dans tous les cas, je trouve qu'utiliser des applications alternatives plus lentes aux applications grand public permet d'agir plus facilement de façon consciente. Ce ne sont plus des algorithmes tiers qui dictent mes actions, même si la technologie reste quand même présente dans ma vie. Ce n'est peut-être qu'une illusion, mais je pense avoir plus de contrôle sur mes actions depuis que j'ai entrepris de réduire cette dépendance numérique.